Syrie & Pierre le Corf : Un témoignage poignant, un miroir de l’histoire

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A l’école avec quelques-uns de mes 9ème. J’aime profondément ces gamins, tous ceux que j’ai autour de moi. Par rapport à leur perception de leurs vies, tant il y a la guerre tant il y a un déni profond à propos de leur futur. Ils préfèrent fermer les yeux et ils sont encouragés à leur faire, simplement oublier. Ils ne pourront jamais oublier ce qui se passe ni ce qui est arrivé, ils ne pourront pas échapper aux discussions de leurs parents sur la situation actuelle du pays, ni échapper aux doutes de leurs grands frères et grandes soeurs qui ont un trop-plein et qui ont du mal à croire en demain ou même en aujourd’hui … beaucoup partent, non sans aimer leur pays … mais en espérant tourner une page sur tout ce qu’ils ont vécu et se sentir à nouveau capables de réaliser leurs rêves, repartir à 0. Au milieu de tout ça, malgré la guerre et même pendant le pire de la guerre, la société reprenait le dessus, privilégiant l’éducation normalisée sans s’adapter à toutes ces failles béantes.

L’éducation dans beaucoup de pays du monde vit encore son âge de pierre, on continue de faire croire aux gamins que c’est le « par coeur » et les « bonnes notes » qui font un avenir ou une identité, on leur apprend comment gagner leur vie mais pas comment la réaliser, on leur apprend des formules chimiques mais on ne leur apprend pas à comprendre leurs sentiments. Ils ne sont pas préparés à vivre et être forts pour affronter leurs vies individuelles et l’après-guerre. Je sais qu’ils vont s’en sortir quoi qu’il arrive mais ça me brise le coeur parfois.

Je fais de mon mieux pour essayer de les accompagner en dehors des sentiers battus, à voyager plus à l’intérieur d’eux-mêmes et à se préparer dès maintenant en affrontant ce qu’ils ont à l’intérieur, ce qu’ils ont vécu et ce qui les attend dans le futur … mais c’est parfois tellement dur, ils n’y sont pas préparés, peu veulent vraiment s’y investir … et plus le temps passe, plus la situation évolue, plus le déni devient de plus en plus confortable ce sans compter la peur d’avoir l’air différents ou faible. Parfois je suis émotionnellement épuisé entre ça et mes activités, il s’agit de bouger des lignes tellement profondes que parfois c’est comme essayer de bouger des montagnes … mais c’est tellement important, pour maintenant et surtout pour demain. On s’accroche.

Pierre le Corf

Slideshow : En Syrie, il n’y a pas que la guerre, il y a aussi la vie !

G.S

At school with my some of my 9th. I deeply love these kids, all of them. About their perception of their lives, there is war but also this deep denial about their future. They prefer to close their eyes and they are encouraged to do it, to forget about it. They will never forget what is happening or what has happened, they will not be able to escape their parents’ discussions about the current situation of the country, nor escape the doubts of their older brothers and sisters who have had too much and who have a hard time believing in tomorrow or even in today … many left, not without loving their country … but hoping to turn a page on all that they lived and to feel again able to realize their dreams, start again at 0. In the midst of all this, despite the war and even during the worst of the war, society was gaining the upper hand, favoring standardized education without adapting to all these human gap.

Education in many countries of the world still lives its stone age, it continues to instigate the gold idea that it is “learning by heart” and “good grades” that make a future or an identity, we teach them how to earn a living but not how to make it happen, we teach them chemical formulas but we do not teach them how to understand their feelings. They are not prepared to live and to be strong enough to face their individual and post-war lives. I know they’ll be fine whatever happens but it breaks my heart sometimes.

I do my best to try to accompany them off the beaten track, to travel more inside themselves and to get ready right now by confronting what they have inside, what they have lived and what awaits them in the future … but it is sometimes so hard, they are not prepared and the more time passes, the more the situation evolves, the more the denial becomes more and more comfortable, this without counting the fear or each one to look different or weak. Sometimes I’m emotionally exhausted between it and my activities, it’s moving lines so deep that sometimes it’s like trying to move mountains … but it’s so important, for now and especially for tomorrow. I don’t know, let’s be stronger.

Pierre le Corf

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