Chili : mort de milliers d’animaux contaminés par des saumons d’élevage en décomposition

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Alors que les pêcheurs chiliens sont depuis plusieurs mois touchés par une « marée rouge » qui les empêche d’exercer leur profession, une nouvelle catastrophe écologique vient de frapper les îles chiliennes. Greenpeace nous révèle des images-choc : des milliers d’animaux s’échouent, morts, sur les plages de l’archipel Chiloé. La raison ? Sans doute les cinq mille tonnes de saumon en décomposition rejetées par les centres d’élevage proches de l’île. 

Une catastrophe écologique sans précédent 

Les images rapportées par Greenpeace sont stupéfiantes et d’une violence inouïe : depuis plus d’un mois, des milliers d’animaux morts recouvrent les plages de l’île chilienne Chiloé. Oiseaux, crabes et même otaries : tout l’écosystème marin semble y venir y mourir. Comment un tel désastre a-t-il pu arriver ? Plusieurs hypothèses sont avancées, plus ou moins convaincantes.

La faute à la « marée rouge » ? 

Pour le gouvernement, cette catastrophe écologique n’a d’autre source que la « marée rouge » qui sévit sur les côtes chiliennes depuis maintenant presque trois mois. Il s’agit d’un phénomène naturel où prolifèrent de petites algues rouges, lorsque la température, l’ensoleillement et les courants marins sont propices. Parmi les 300 espèces nées de la prolifération, au moins 80 sont toxiques : elles peuvent être absorbées par des mollusques filtreurs, qui risquent d’intoxiquer d’autres organismes. Certaines d’entre elles, les Karenia brevis, sont d’ailleurs responsables de la mortalité des Lamantins des Caraïbes.

C’est pourquoi, la pêche et la récolte de fruits de mer sont interdites depuis le début de la catastrophe. Car ces toxines peuvent se transmettre à l’homme : leur consommation, même minime, provoque des dommages nerveux et une paralysie musculaire qui peut entraîner la mort. Depuis 1972, plus de 23 Chiliens sont décédés après avoir ingéré des fruits de mer contaminés.

Quoi de plus pratique pour excuser cette vague mortelle parmi les animaux de l’écosystème chilote que de lui trouver une cause naturelle ? Effectivement, le phénomène de marée rouge est naturel, on en retrouve des traces jusque dans l’Antiquité et même dans les écrits religieux : elle serait d’ailleurs à l’origine de la première des dix plaies d’Egypte (« Toutes les eaux du Fleuve se changèrent en sang. Les poissons du Fleuve crevèrent ; et le Fleuve s’empuantit, et les Égyptiens ne purent plus boire l’eau du Fleuve » Exode 7, 20–21). Mais les scientifiques s’accordent à dire que la marée rouge qui touche aujourd’hui les côtes chiliennes est d’une toute autre ampleur par son étendue (plus de trois mois alors qu’elle n’en dépasse habituellement pas deux) et par sa fréquence, ces dernières années (2002, 2006, 2009, etc.).

Saumon d’élevage : les produits chimiques fragilisent l’écosystème

Mais pour les habitants de l’île, déjà appauvris par l’interdiction de pêche, la mort de la faune locale est bien la faute de l’homme, et notamment celle des usines d’élevage de saumons, implantées sur l’île. Les industries d’élevage sont accusées d’avoir fragilisé l’écosystème marin depuis des années.

Deuxième producteur mondial de saumon d’élevage, le Chili ne pratique cependant pas les mêmes méthodes que son concurrent direct, la Norvège : la législation n’étant pas la même, de très nombreux antibiotiques et produits chimiques sont utilisés puis reversés dans les eaux de l’archipel. La revue Sciences et Avenir révélait ainsi dès 2010 que « la même entreprise, Marine Harvest, utilise par exemple moins d’un gramme d’antibiotiques par tonne de saumon produite en Norvège, contre 500 à 700 grammes au Chili ».

« La Mer de décomposition » : une réalité chilienne

Si l’écosystème marin est fragilisé depuis des années par l’industrie de l’élevage, ce qui aurait véritablement provoqué cette crise sans précédent est la récente attitude irresponsable de l’élevage : il a rejeté plus de 5 000 tonnes de saumon en décomposition au large de l’île. Greenpeace affirme avoir des preuves concernant l’implication de ces rejets sur la crise écologique.

Mais le plus étonnant dans ce scandale, c’est que la manœuvre n’a rien d’illégale, elle a même été autorisée explicitement par le gouvernement : celui-ci avait d’ailleurs donné son feu vert pour rejeter jusqu’à 9 000 tonnes de saumons contaminés. Comment une réglementation, même très permissive envers l’industrie de l’élevage, peut autoriser à jeter dans la mer des corps en putréfaction, sans même en envisager les conséquences désastreuses ?

Pêcheurs en colère, enquête et pétition

Alors que les pêcheurs de l’île mènent une révolte depuis trois semaines déjà contre un dédommagement qu’ils estiment trop faible – une prime de 525€ chacun pour vivre – l’avenir de l’île et de ses habitant, pour la plupart au chômage technique, est incertain. Depuis que la catastrophe écologique est venue se greffer à la catastrophe économique, les 17 000 Chilotes ont l’impression que le sort s’acharne contre eux, même s’ils ne baissent pas les bras.

De nombreux activistes leur ont témoigné un soutien indéfectible, notamment via des actions devant les centres d’élevages, leurs banderoles criant : « La mer n’est pas une décharge ! ». Greenpeace, de son côté, a dépêché une équipe de spécialistes afin d’identifier clairement les causes de la catastrophe, d’informer la population et de faire pression sur le gouvernement. L’association milite en effet pour que celui-ci interdisse le déversement des déchets dans l’eau et adopte une législation plus adéquate. La pétition en ligne recense déjà plus de 75 000 signatures : assez pour faire changer les choses ?

Vidéo :

Quand les poissons et crustacés meurent par tonnes !

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