Bancariser le langage : Quand “je me suis bien amusé” est remplacé par “j’ai bien profité”

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Mondialisation : La résistance par les mots !

Avez-vous prévu de “profiter” de ce lundi de Pâques pour prendre du repos ? Vous ne croyez pas si bien dire : l’inflation du terme “profiter” n’est qu’un exemple parmi d’autres, selon l’écrivain Grégoire Bouillier, de l’intrusion d’un vocabulaire financier dans notre langage…

“Je me suis bien amusé” ou : “J’ai bien profité”, “Je m’occupe des achats” ou : “Je gère les achats” …

Et si ce n’était que ça ; l’américanisation du français :

“J’ai un timing serré” ou : “J’ai peu de temps”, Je suis overbooké” ou : “Je suis surchargé”, “Fast food” ou : “Alimentation rapide”, “Un repas light” ou : “un repas léger”, “Fashion victim” ou : “Victime de la mode”…

Grégoire Bouillier écrivain et journaliste dénonce l’intrusion du vocabulaire financier dans notre langage.

Profiter” est un mot qui vient en remplacement d’énormément d’autres :  C’est une langue qui se met en place, impersonnelle, une langue économique que nous parlons aujourd’hui de plus en plus, sans nous en rendre compte, une langue qui est téléguidée par les banques et une volonté de tout uniformiser.

Dans une supérette, un type s’adresse à sa copine et lui dit : ” Toi tu t’occupes des légumes, moi je gère le beurre.” “Je gère le beurre !”  Quand on en arrive là et bien que cela ait l’air innocent et peut-être même amusant, il faut toutefois relier cette phrase anodine à l’appauvrissement de la langue. Les mots : “profiter” ou “gérer” pour ne citer qu’eux relèguent aux rebut une multitude de mots qui au fil du temps tomberont dans l’oubli. Cet appauvrissement de la langue française fait penser à Goebbels qui disait :  “Il ne faut pas convaincre les gens des idées du nazisme, il faut réduire la langue de sorte qu’on ne puisse plus exprimer que les idées du nazisme.”

Il s’agit donc d’un combat des mots qu’il faut affronter de face, c’est le pouvoir de la littérature contre la manipulation et l’endoctrinement de l’inconscient collectif. Il ne s’agit pas d’émettre uniquement des idées, il faut surtout contester à la racine la domination qui nous englobe tous.

Stéphane Guibert / Finalscape

Voir aussi : L’anglo-américanisation du français >>>

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