Syrie et Pierre le Corf : Témoignage

« Je m’appelle Besher Kaadan, je suis un gamin de 16 ans.
Je suis né à Alep le 03/10/2001, j’y ai vécu pendant 5 ans et puis je suis allé à en Arabie Saoudite j’ai étudiée ma première et ma deuxième année, je suis revenu à Alep pour ma 3ème année, c’est à ma cinquième en 2011 que tout à commencé, cette guerre … les gens mourraient et les terroristes étaient partout dans nos rues, je crois l’une des pires années, ça à duré pendant 6 ans. J’ai vu des amis à moi mourir, j’en ai vu d’autres jetés de leurs propres maisons par les terroristes.

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Syrie et Pierre le Corf : Il y a 8 ans (Témoignage)

Il y a quelques années en arrivant ici, la peur que j’avais et qui me semble de plus en plus justifiée c’est que cette « guerre » depuis 8 ans n’ait pour objectif que d’en préparer une autre, préparer le terrain.

Je sais que pour beaucoup de gens c’est difficile d’imaginer ce que la guerre signifie, ce n’est pas seulement un mot, c’est un puzzle de 100 000 pièces. Aujourd’hui beaucoup de gens pensent que la guerre en Syrie est très compliquée … non, au contraire, elle est sur-simplifiée. La manipulation n’a pas proprement pour objectif le mensonge mais plutôt la confusion, l’incompréhension … et au milieu de ce bordel, comme par miracle, dans votre journal du matin ou sur votre écran on vous apporte la solution pour comprendre, pire, pour « savoir », on vous entasse ce gros tas de stéréotypes, de définitions, d’images découpées au millimètre, de « savoirs pré-mâchés par des des gens payés pour ça au carrefour d’une multitude d’intérêts et d’intéressés … abracadabra, un petit coup de baguette magique et POUF vous voilà des professionnels de la géopolitique moyen-orientale.

La réalité derrière ce miroir de fumée ce sont des gens, des gens qui vivent ce dont les gens parlent, mais pour de vrai. Il y a tellement de choses que j’aimerais partager au quotidien, des petits détails, des étincelles de bonheur, des odeurs de souffre, des moments entre amis, des boules au ventre, de l’inspiration, de la peur, de la colère, de l’amour … ce n’est pas une histoire d’avions ou de terroristes seulement, c’est une histoire de contexte, de détails, de quotidien qui sont finalement ces multitudes de pièces qui se rejoignent les unes les autres et qui permettent de comprendre au plus profond de vous-même, pas seulement par des théories ni des images qui sont trop souvent découpées ou détournées, de comprendre ce qui se passe, comment ça se passe et pourquoi ça se passe.

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Syrie & Pierre le Corf : Témoignage de Rita

« Je m’appelle Rita, je vis à Alep et j’ai 16 ans. Nous étions trop jeunes quand la guerre a commencé, ça a été un vrai choc quand nous nous en sommes rendu compte. Avant nous vivions une vie paisible, nous avions une belle enfance … et soudainement tout s’est écroulé. Nous étions des gamins, il y avait des terroristes, des armes … c’est difficile à exprimer, c’était très dur.

Je ne sais pas, imaginez entendre tous les jours des nouvelles comme quoi quelqu’un atour de toi est blessé ou mort, … j’ai commencé à penser «et si quelqu’un de ma famille était tué … ? Ou si moi-même j’étais blessé en retrouvant mes amis …?

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Syrie et Pierre le Corf : Un pays meurtri et l’avenir fait peur !

En allant voir un ami, devant leur maison, une petite roquette qui s’est éventrée heureusement sans exploser. Ce sont quelques dizaines tous les jours sur de nombreux quartiers l’Ouest.

Pendant ce temps on a beau essayer de faire semblant que tout va bien même si tout va mieux, il reste malgré tout 8 000 terrorises en banlieue et ils continuent de taper la ville jusqu’au maximum de leur portée de tir. Le centre-ville historique est maintenant libéré, les quartier qui concentraient des touristes de toutes les nationalités sont devenus plus ou moins sûrs, mais on ne peut pas faire semblant et on ne pourra pas faire semblant quand tout explosera à nouveau pour la grande bataille dans quelques mois au maximum.

Beaucoup de pays préparent leurs jeux, ce sera très violent sur le terrain mais aussi par les mots, la propagande va reprendre tout son élan pour cette dernière course ou le destin de tout le Moyen-Orient va se jouer.

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Syrie et Pierre le Corf : Témoignage et innocence

« Je m’appelle Noel et j’ai 16 ans. Quand la guerre a commencé les situations difficiles se sont multipliées, par exemple nous étions à l’école et un mortier est tombé dedans, du coup ils nous ont renvoyés à la maison. Au début nous ne comprenions pas ce qui s’était passé mais avec le temps nous avons compris avec les mortiers qui tombaient de plus en plus, nous n’avions plus d’eau, plus d’électricité, nous avons dû passer 6 mois à la lumière des bougies. Nous avons dû déménager.

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Syrie et Pierre le Corf : Souvenirs et témoignages

Ce témoignage remonte à 2017, il y a un an. (Témoignage et vidéo)

Je ne coupe rien, pas de montage, simplement un ami qui vit sur une ligne de front qui raconte ce qu’il pense, ce qu’il ressent, ce qu’il vit. C’est un témoignage important quand les terroristes à peine à 200 mètres continuent de bombarder son quartier et jusqu’à certaines parties à l’intérieur de la ville. Ils ne sont plus à l’intérieur de la ville grâce à la libération mais c’est essentiel que le monde se rende compte que cette guerre ne s’est pas arrêtée en fonction des titres des journaux clamant ceci-cela ou au contraire leur absence sur le sujet.

Mahmoud travaille avec moi sur une petite initiative pour les animaux que l’on a commencé avec beaucoup de gens qui faisaient beaucoup pour aider ici déjà bien avant que je n’arrive, c’est quelqu’un d’honnête et c’est simplement à vous de vous faire votre propre opinion, comme on le dit dans la vidéo, je vous partage un témoignage, comme les dizaines que j’ai déjà transmises auparavant, vous en faites ce que vous voulez, vous êtes libres.

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Pierre le Corf & Syrie : De l’autre côté du miroir

J’ai décidé que j’allais tout simplement essayer d’écrire au quotidien sur tout ce qui me passe par la tête ou sur ce que nous faisons.

J’aime ma vie sans réseaux sociaux … mais je me rends compte que c’est cruellement important pour simplement donner du sens tant à ce que nous essayons de faire que à ce dont nous sommes témoins ici. Dans ma tête c’est tout ou rien, alors allons-y.

En amont des programmes avec les enfants on passe beaucoup de temps depuis ces dernières semaines à essayer de trouver des espace pour un nouveau refuge ainsi que pour un espace qui sera dédié aux enfants de la rue et pour des activités de soutien émotionnel que je préfère appeler cette année « inspirationnel ».

J’ai la trouille un peu, financièrement ce sont de gros enjeux cette année, il va falloir que j’assure et arrive à mobiliser. Je partagerais la semaine prochaine les projets sur place, je me rends compte que je n’en ai jamais vraiment parlé en détail … beaucoup ne savent même pas que j’ai une association ici. We are superheroes Sinon on ne sait pas trop quoi attendre pour le moment, la trêve est censée être terminée et on pensait que ça allait taper dur sur Alep … mais c’est assez calme malgré des obus à l’Ouest qui continuent ponctuellement.

A suivre…

Pierre le Corf

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Syrie et Pierre le Corf : Le miroir de l’histoire

Pendant ce temps, obus et roquettes terroristes sur l’Ouest de la ville. Si certains quartiers sont hors de portée de tir, ça n’empêche pas les gens d’être blessés et tués au quotidien par les mêmes terroristes qui avant étaient dans le centre d’Alep et qui sont maintenant simplement à 2 ou 3 Km plus loin qu’avant, en périphérie.

La vie continue, tout reprend, souvent on fait semblant que tout va bien et que c’est terminé, mais non. Oui la vie reprend, oui les choses reprennent leur place, oui la paix semble de plus en plus proche … mais c’est là, à 10 minutes de voiture, ça plane. Je ne l’écris plus puisque c’est tout simplement tous les jours … je l’écris maintenant simplement avec le besoin de le partager.

Des gens que j’aime sont dans ces quartiers tout de suite et j’attends qu’ils reviennent, parfois j’y suis, je ne peux pas m’empêcher d’avoir cette boule au ventre. C’est difficile à expliquer, ça fait remonter beaucoup de choses d’avant.

Pierre le Corf / G.S / FINALSCAPE

Syrie & Pierre le Corf : Témoignage

Les mois passent et je me rend compte que le travail souterrain de tous ces vautours qui étaient prêts à nous laisser crever ici à Alep est loin d’être achevé. Je me suis éloigné de tout ça parce que je passe mes journées à me couper en 4 pour essayer d’aider ici et je dois avouer que mon énergie est finalement très rapidement consommée … mais ils sont en train de réécrire l’histoire, tous ces pseudos-journalistes activistes qui n’ont jamais mis un pied ici, qui ne connaissent pas l’odeur du soufre et le gout du sang, qui ne font rien pour aider concrètement sur le terrain mais qui pianotent pianotent et influencent le monde par leur ignorance aux airs saints baignés d’opportunisme.

Ils prétendent défendre la cause Syrienne? Ils sont là avec leur couteau à continuellement l’enfoncer dans cette plaie béante ouverte depuis plusieurs années et ils s’acharnent de plus belle maintenant qu’ils voient cette même plaie cicatriser, le vent tourner. Plus le temps passe plus je me rend compte que j’ai été bouffé par tout ça, je n’arrive plus à écrire, à penser, à partager comme je pouvais le faire pendant la bataille. Tous les jours des centaines de mortiers, de balles explosives, de roquettes … la peur, le doute, les cauchemars, les gens morts, la peur d’en perdre, la colère, l’impuissance … et tant de gens qui tiraient les ficelles à distance. Rebelles, casques blancs, … putain si n’importe qui avait pu vivre une semaine ici et simplement survivre, discuter avec les gens, essayer de comprendre les 1001 détails qui permettent de comprendre une seule photo d’un côté ou de l’autre … comprends à quel point les images ont été manipulées, édulcorées, à quel point tous les pseudos-activistes sur le terrain travaillaient pour des agences internationales qui les utilisaient.

Les gens n’ont pas idée de ce que les gens ont vécu ici, des mensonges … autant maintenant la plupart des Syriens qui vivent en Syrie préfèrent faire comme si de rien n’était et presque comme si rien ne s’était passé car tout le monde veut tourner la page, trop vite parce que la menace occidentale est toujours réelle, trop vite parce que les terroristes sont toujours à l’entrée de mal ville et même si l’armée semble vouloir avancer ils nous bombardent toujours, trop vite parce qu’il y a tellement de familles qui vivent en plein milieu des conséquences de la guerre (déplacement, réfugiés, lignes de front, pauvreté, …) trop vite parce que tout ce qui s’est passé à rongé les gens dans leurs mécanismes émotionnels les plus intimes et profonds comme de l’acide … et encore rien n’est arrivé à Idlib. Les gens en ont marre, tout le monde en a marre mais on ne laissera pas ces puants effacer ce que les gens ont vécu et la double réalité de cette guerre. Je vais essayer de publier ou republier tout ce que j’ai tant que c’est encore tiède, essayer de redonner un petit peu de sens à tout ça car ce qui est arrivé à Alep va arriver à Idlib, probablement en pire. Voyons ce qui va arriver.

Pierre le Corf

The months are passing and I realize that the underground work of all these vultures who were ready to let us die here in Aleppo is far from being completed. I got away from all of that because I am spending my days cutting myself into 4 to try to help here and I must admit that my energy is finally very quickly consumed … but they are rewriting the story, all these pseudo-journalists activists who have never set foot here, who do not know the smell of sulfur and the taste of blood, who do nothing to help concretely in the field but who strumming on their keyboards and influencing the world by their ignorance with holy airs bathed in opportunism.

They claim to defend the Syrian cause? They are there with their knife to continually push it into this gaping open wound from nearly 8 years and they are striving more and more now that they see this same wound is finally healing, the wind is turning. The more time passes, the more I realize that I have been eaten up by all this, I can not write, think, share as I could do during the battle. Everyday, hundreds of mortars, explosive bullets, rockets … fear, doubt, nightmares, dead people, fear of losing them, anger, helplessness … and so many people pulling the strings remote. Rebels, white helmets, … damn if anyone could have lived a week here and just survive, chat with people, try to understand the 1001 details that can determine a single picture from one side or the other … understand how the images were manipulated, watered down, how much all the pseudo-activists on the ground worked for international agencies that used them.

People have no idea what people have lived here, so many lies … so now most Syrians living in Syria prefer to act as if nothing had happened and almost as if nothing had happened because everybody wants to turn the page, too fast because the Western threat is still real, too fast because the terrorists are always at the entrance of the city and even if the army seems to want to advance they always bombard us, too quickly because that there are so many families living in the midst of the consequences of the war (displacement, refugees, front lines, poverty, …) too fast because everything that has happened gnawed people in their emotional mechanisms the most intimate and deep as acid … and nothing else happened to Idlib. People are fed up, everyone is fed up, but we will not let these stinkers erase what people have experienced and the double reality of this war. I will try to publish or republish all that I have as it is still lukewarm, try to give a little sense to all this because what happened in Aleppo will happen to Idlib, probably worse. We will see.

Pierre le Corf

Syrie & Pierre le Corf : Un témoignage poignant, un miroir de l’histoire

A l’école avec quelques-uns de mes 9ème. J’aime profondément ces gamins, tous ceux que j’ai autour de moi. Par rapport à leur perception de leurs vies, tant il y a la guerre tant il y a un déni profond à propos de leur futur. Ils préfèrent fermer les yeux et ils sont encouragés à leur faire, simplement oublier. Ils ne pourront jamais oublier ce qui se passe ni ce qui est arrivé, ils ne pourront pas échapper aux discussions de leurs parents sur la situation actuelle du pays, ni échapper aux doutes de leurs grands frères et grandes soeurs qui ont un trop-plein et qui ont du mal à croire en demain ou même en aujourd’hui … beaucoup partent, non sans aimer leur pays … mais en espérant tourner une page sur tout ce qu’ils ont vécu et se sentir à nouveau capables de réaliser leurs rêves, repartir à 0. Au milieu de tout ça, malgré la guerre et même pendant le pire de la guerre, la société reprenait le dessus, privilégiant l’éducation normalisée sans s’adapter à toutes ces failles béantes.

L’éducation dans beaucoup de pays du monde vit encore son âge de pierre, on continue de faire croire aux gamins que c’est le « par coeur » et les « bonnes notes » qui font un avenir ou une identité, on leur apprend comment gagner leur vie mais pas comment la réaliser, on leur apprend des formules chimiques mais on ne leur apprend pas à comprendre leurs sentiments. Ils ne sont pas préparés à vivre et être forts pour affronter leurs vies individuelles et l’après-guerre. Je sais qu’ils vont s’en sortir quoi qu’il arrive mais ça me brise le coeur parfois.

Je fais de mon mieux pour essayer de les accompagner en dehors des sentiers battus, à voyager plus à l’intérieur d’eux-mêmes et à se préparer dès maintenant en affrontant ce qu’ils ont à l’intérieur, ce qu’ils ont vécu et ce qui les attend dans le futur … mais c’est parfois tellement dur, ils n’y sont pas préparés, peu veulent vraiment s’y investir … et plus le temps passe, plus la situation évolue, plus le déni devient de plus en plus confortable ce sans compter la peur d’avoir l’air différents ou faible. Parfois je suis émotionnellement épuisé entre ça et mes activités, il s’agit de bouger des lignes tellement profondes que parfois c’est comme essayer de bouger des montagnes … mais c’est tellement important, pour maintenant et surtout pour demain. On s’accroche.

Pierre le Corf

Slideshow : En Syrie, il n’y a pas que la guerre, il y a aussi la vie !

G.S

At school with my some of my 9th. I deeply love these kids, all of them. About their perception of their lives, there is war but also this deep denial about their future. They prefer to close their eyes and they are encouraged to do it, to forget about it. They will never forget what is happening or what has happened, they will not be able to escape their parents’ discussions about the current situation of the country, nor escape the doubts of their older brothers and sisters who have had too much and who have a hard time believing in tomorrow or even in today … many left, not without loving their country … but hoping to turn a page on all that they lived and to feel again able to realize their dreams, start again at 0. In the midst of all this, despite the war and even during the worst of the war, society was gaining the upper hand, favoring standardized education without adapting to all these human gap.

Education in many countries of the world still lives its stone age, it continues to instigate the gold idea that it is “learning by heart” and “good grades” that make a future or an identity, we teach them how to earn a living but not how to make it happen, we teach them chemical formulas but we do not teach them how to understand their feelings. They are not prepared to live and to be strong enough to face their individual and post-war lives. I know they’ll be fine whatever happens but it breaks my heart sometimes.

I do my best to try to accompany them off the beaten track, to travel more inside themselves and to get ready right now by confronting what they have inside, what they have lived and what awaits them in the future … but it is sometimes so hard, they are not prepared and the more time passes, the more the situation evolves, the more the denial becomes more and more comfortable, this without counting the fear or each one to look different or weak. Sometimes I’m emotionally exhausted between it and my activities, it’s moving lines so deep that sometimes it’s like trying to move mountains … but it’s so important, for now and especially for tomorrow. I don’t know, let’s be stronger.

Pierre le Corf