Birmanie : Des réfugiées rohingyas ont subi des viols

L’épuration ethnique dont est victime cette minorité musulmane ne se limite pas à des maisons brûlées.

Des observateurs de l’ONU ont vu des dizaines de victimes de viols et de viols en réunion parmi les Rohingyas ayant fui les violences en Birmanie. (Dimanche 24 septembre 2017) Image: AFP

Shamila serre si fort la main de sa fille qu’elle en devient toute blanche en racontant comment des soldats l’ont violée tour à tour devant ses enfants en Birmanie. Un récit semblable à tant d’autres dans les camps de réfugiés du Bangladesh. Des observateurs de l’ONU expliquent qu’ils ont vu des dizaines de victimes de viols et de viols en réunion parmi les Rohingyas ayant fui les violences ces dernières semaines en Birmanie.

Sommet de l’iceberg

Presque toutes ont déclaré que les auteurs étaient des soldats de l’armée birmane. D’après les spécialistes, il s’agit très vraisemblablement du sommet de l’iceberg. En raison des stigmates attachés au viol chez cette minorité musulmane conservatrice et des difficultés pour survivre, il est probable qu’un grand nombre de victimes ne se font pas connaître.

Shamila, — ce n’est pas son vrai nom — explique qu’elle saignait encore quand elle est arrivée au Bangladesh après trois jours de marche.

«Les trois soldats m’ont tous violée», dit la jeune femme de 25 ans, les larmes aux yeux, tenant fermement sa fillette de six ans par la main. «Quand ils sont partis, je suis sortie de la maison avec deux de mes enfants et j’ai suivi la foule de gens qui courraient».

Enquête ouverte

Le mari de Shamila était absent au moment de l’attaque et elle ne l’a plus revu. Elle ne sait pas où sont ses trois autres enfants qui jouaient dehors. Quand les soldats en ont eu fini avec elle, ils avaient disparu.

Ce genre d’histoires abonde parmi les réfugiées depuis la dernière éruption de violences le 25 août. Une mission de l’ONU est en train d’enquêter sur les accusations d’abus des droits de l’homme commis en Birmanie, y compris les violences sexuelles.

Des morsures et des bleus

La représentante spéciale de l’ONU sur les violences sexuelles durant les conflits Pramila Patten s’est dite récemment «gravement préoccupée» par la situation. Ces violences sont «utilisées comme outil de terreur pour forcer les populations visées à fuir».

Les Rohingya, minorité apatride, sont traités comme des étrangers dans la Birmanie à très grande minorité bouddhiste. Ces dernières décennies, des centaines de milliers d’entre eux ont fui, mais l’échelle de l’exode actuel est sans précédent.

Les médecins au Bangladesh racontent que les récits des victimes se ressemblent: des soldats ont fait irruption chez elles en l’absence des hommes de la famille et les ont violées devant leurs enfants.

«Attaque coordonnée»

Nourin Tasnupa, qui travaille dans une clinique gérée par l’Organisation internationale pour les migrations de l’ONU (OIM) au camp de réfugiés de Leda, dit que la plupart des victimes qu’elle a eu à soigner ont été frappées avant d’être violées.

Elle raconte avoir vu des femmes présentant des bleus et des traces de morsures sur les seins et les parties génitales. Elle se fonde sur l’expérience du dernier accès de violences en Etat Rakhine (ouest de la Birmanie) en octobre 2016 pour juger que nombre de femmes restent silencieuses. «Les gens ne veulent pas partager ces incidents même avec leurs proches», dit-elle à l’AFP.

Human Rights Watch avait alors estimé que les violences sexuelles «entraient dans le cadre d’une attaque coordonnée et systématique contre les Rohinghyas».

Opportunisme

Aujourd’hui, les victimes de viols semblent moins nombreuses, selon les experts de l’ONU qui soulignent cependant qu’en raison du chaos ambiant, l’ampleur véritable du fléau est impossible à déterminer.

«En ce moment, c’est le combat pour la survie», déclare Irine Loria, chargée des violences sexistes à l’OMI. Elle dit que cette fois-ci, les viols semblent être différents par nature, plus opportunistes.

«Avant, le viol semblait être un outil. Les gens étaient mis nus en public, humiliés», explique-t-elle. «Cette fois, on dirait que le but c’est de les chasser le plus vite possible». Le témoignage d’Ayesha, 20 ans, semble conforter cette version des faits. La jeune femme s’est rendue à la clinique de Leda une semaine après son arrivée au Bangladesh.

Maison incendiée

Quand les soldats sont arrivés dans son village de la commune de Buthidaung, dans le nord de Rakhine, ses voisins ont pris la fuite, raconte Ayesha, dont le prénom a également été modifié.

«Ils sont venus à 8 heures du matin et ont commencé à incendier les maisons. Les gens fuyaient, mais il fallait que je m’occupe de mon enfant».

Cinq militaires sont entrés chez elle. L’un l’a violée sous le regard des autres. Son mari avait déjà fui à cause des rumeurs sur le fait que les soldats allaient s’emparer des hommes. Elle ne l’a pas revu, mais elle a entendu qu’il avait réussi à gagner le Bangladesh. Elle espère qu’ils se retrouveront bientôt. (afp/nxp)

Les Rohingyas victimes d’un nettoyage ethnique !

Rapports et images satellites

«Nous avons reçu de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales brûlant des villages rohingyas, et des informations cohérentes faisant état d’exécutions extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite», a ajouté Zeid Ra’ad Al Hussein. Des témoignages en ce sens ont également été recueillis par l’AFP. Il a appelé le gouvernement birman à «mettre un terme à son opération militaire cruelle» et aux «discriminations généralisées» dont souffrent les Rohingyas.

Le dalaï lama, leader spirituel des Tibétains, admiré par Aung San Suu Kyi, l’a appelée à faire régner «un esprit de paix et de réconciliation» dans son pays, dans une lettre que l’AFP a pu lire. La prix Nobel de la paix est très critiquée sur la scène internationale pour sa retenue et sa froideur sur ce sujet. Son rôle n’est pas facilité par la grande autonomie de l’armée, dirigée par des anciens responsables de la junte autodissoute en 2011, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit.

Dimanche soir, la police a dû intervenir dans le centre du pays, à plus de 90% bouddhiste, pour disperser une foule de 400 personnes jetant des pierres sur une boucherie musulmane, premières violences intercommunautaires suscitées par les attaques de la rébellion musulmane rohingya fin août.

En 2012, de violents affrontements avaient éclaté dans le pays entre bouddhistes et musulmans faisant près de 200 morts, principalement des musulmans. Les violences anti-musulmans étaient alors souvent parties de foules bouddhistes en colère. Considérés comme des étrangers en Birmanie, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres. (afp/nxp)

Birmanie : J’ai mangé des feuilles d’arbres pour survivre

Beaucoup d’enfants rohingyas ont perdu leur famille. (Photo: AFP)

Dans l’exode des Rohingyas, plus de 1100 enfants se sont retrouvés seuls et à la merci de personnes mal intentionnées.

Le garçon rohingya perdu a fait le voyage depuis la Birmanie seul, se raccrochant à des étrangers d’autres villages pour franchir rivières et jungles, jusqu’à ce qu’ils atteignent le Bangladesh. Pays où il n’avait nulle part où aller, et plus aucune famille.

«Des femmes dans le groupe ont demandé: ‘Où sont tes parents ?’. J’ai dit que je ne savais pas où ils étaient», raconte Abdul Aziz, 10 ans. Son nom a été modifié pour protéger son identité.

«Une femme a dit: ‘Nous allons prendre soin de toi comme notre enfant, viens avec nous’. Et je les ai suivis.»

Au total plus de 1100 enfants rohingyas fuyant les violences dans l’ouest de la Birmanie sont arrivés seuls au Bangladesh depuis le 25 août, selon les derniers chiffres de l’Unicef.

Vulnérables aux abus

Ces mineurs isolés sont particulièrement vulnérables aux abus sexuels, au trafic des êtres humains et au traumatisme psychologique, s’inquiète l’agence onusienne spécialisée dans les droits de l’enfant.

Nombre d’entre eux ont vu les membres de leur famille massacrés dans des villages de l’État Rakhine (aussi appelé Arakan) par l’armée birmane et les milices bouddhistes, des opérations qualifiées par les Nations unies de «nettoyage ethnique».

D’autres ont eu la vie sauve à un cheveu. Certains enfants de cette minorité musulmane persécutée arrivent avec des blessures par balle.

Le nombre de mineurs arrivés au Bangladesh seuls, ou séparés de leur famille sur la route de l’exode, est voué à monter au fur et à mesure que de nouveaux cas sont portés à la connaissance des autorités et organisations internationales.

Difficiles à repérer

Plus de la moitié des 379’000 réfugiés rohingyas arrivés au Bangladesh depuis le 25 août, date du déclenchement de la nouvelle flambée de violences au Rakhine, sont mineurs, selon les estimations de l’ONU.

Au sein de cette marée humaine, repérer les enfants seuls revient à chercher une aiguille dans une botte de foin pour les responsables de protection de l’enfance. Dans les immenses camps de réfugiés, des tout-petits errent nus, des enfants dorment dehors ou jouent en solitaire dans les flaques d’eau sale.

Zones protégées

Les enfants seuls «au début ils parlent pas, ne mangent pas, ne jouent pas. Ils restent juste assis, immobiles, le regard dans le vide», témoigne Moazzem Hossain, chargé de projet au sein de l’organisation caritative BRAC.

Son ONG, en partenariat avec l’Unicef, gère un espace réservé aux enfants dans le camp de réfugiés de Kutupalong. Quarante-et-une de ces zones protégées sont en place à travers les campements du sud du Bangladesh.

Des enfants, certains portant leur petit frère ou petite soeur dans les bras, viennent dans ces rudimentaires abris en bois pour des ateliers de chant, s’amuser avec des jouets et des cubes.

Pour eux, ces interludes de paix constituent un répit bienvenu dans la misère noire des camps, transformés en bourbier par la pluie et où des réfugiés exténués se disputent le moindre espace libre.

Ces temps de jeu sont aussi l’opportunité pour les spécialistes d’étudier les enfants, d’en apprendre un peu plus sur leur histoire, d’enregistrer les nouveaux arrivants et surtout de repérer ceux qui voyagent seuls.

Mohammad Ramiz (le nom a été changé), 12 ans, s’est retrouvé sans personne en fuyant son village et s’est joint à un groupe d’adultes. «Il y avait beaucoup de violences, donc j’ai traversé la rivière avec les autres», raconte-t-il. «J’ai mangé des feuilles d’arbres et bu de l’eau pour survivre.»

Agir vite

Sans surveillance, ces enfants risquent de tomber aux mains de personnes mal intentionnées, avertit Christophe Boulierac, porte-parole de l’Unicef à Genève.

Dans la masse humaine qui continue chaque jour d’affluer dans la région du Bangladesh frontalière de la Birmanie, il est urgent de repérer les réfugiés mineurs seuls.

«Plus vite nous agissons, plus grandes sont les chances de retrouver leur famille», explique M. Boulierac. «Le plus important est de les protéger car les enfants non-accompagnés, les enfants séparés, sont particulièrement vulnérables et en danger.»

400 morts en une semaine en Birmanie, 20.000 Rohingyas bloqués à la frontière

Les violences contre cette minorité se sont amplifiées, depuis qu’un groupe se proclamant “Armée de Salut des Rohingyas” a attaqué plusieurs postes de police birmans.

BIRMANIE – Les combats qui opposent des rebelles musulmans rohingyas et l’armée dans le nord-ouest de la Birmanie ont fait au moins 400 morts en une semaine et poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir vers le Bangladesh, selon les derniers chiffres communiqués vendredi 1er septembre.

 Environ 20.000 personnes seraient bloquées à la frontière entre les deux pays, dont certaines tentaient de traverser une rivière, à la nage ou sur des rafiots de pêche, pour se réfugier dans le pays voisin, au péril de leur vie. Dix-huit corps ont été retrouvés vendredi sur la rive bangladaise.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a appelé les forces de sécurité birmanes à la “retenue” contre la minorité musulmane. “Le secrétaire général s’inquiète fortement des informations sur les débordements durant les opérations conduites par les forces de sécurité de Birmanie dans l’Etat de Rakhine et il appelle à la retenue et au calme pour éviter une catastrophe humanitaire”, a indiqué vendredi un porte-parole.
L’armée birmane avait annoncé plus tôt dans la journée sur sa page Facebook que “les corps de 370 terroristes avaient été retrouvés” et que 15 soldats et 14 civils avaient également été tués dans ces opérations. Le dernier bilan il y a deux jours faisait état de 110 morts.
Les interventions de l’armée gouvernementale critiquées

Les violences ont commencé après l’attaque vendredi 25 août d’une trentaine de postes de police par la rébellion naissante, l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA). Depuis ce jour là, l’armée birmane a lancé une vaste opération dans cette région très pauvre et reculée (en rouge sur la carte ci-dessous).

Des dizaines de milliers de Rohingyas ont pris la route, comme le montre la vidéo en tête d’article. Selon les derniers chiffres de l’ONU vendredi, 38.000 personnes sont arrivées au Bangladesh depuis une semaine. Ces réfugiés sont quasiment tous des Rohingyas.

Birmanie, l’ONU dénonce un « crime contre l’humanité » envers les Rohingyas

Des policiers birmans à un poste de contrôle situé à la sortie du camp de réfugiés Rohingyas de Sittwe dans l’ état de Rakhine, le 3 mars 2017. / Soe Zeya Tun / Reuters

Par : Guillemette Mahieux, le 13/03/2017

Un an après l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, l’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie remet lundi 13 mars un rapport qui dénonce de graves violations aux droits de l’homme dans le pays.

Des experts ou enquêteurs de l’ONU remettent lundi 13 mars différents rapports ou observations préliminaires sur la situation des droits de l’Homme dans plusieurs pays, notamment la Corée du Nord, l’Iran, l’Érythrée ou le Burundi.

Parmi les pays visés par l’ONU se trouve aussi la Birmanie dont la situation un an après l’arrivée au pouvoir du parti d’Aung San Suu Kyi demeure préoccupante.

L’un des peuples les plus persécutés au monde

L’ONU y dénonce un « crime contre l’humanité » envers la minorité musulmane des Rohingyas, au moment où des milliers d’entre eux se trouvent ballottés entre l’État d’Arakan, à l’ouest du pays, et le Bangladesh voisin.

Les Rohingyas, communauté apatride d’environ 1,3 million de personnes, sont de fait considérés par l’ONU comme l’un des peuples les plus persécutés au monde.