Syrie & Pierre le Corf : Témoignage

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Tous les jours une image de Noël. C’est la photo à laquelle je tiens le plus, un symbole … je vais essayer de décrire ce qu’elle évoque pour moi.

C’était quelques jours après la libération d’Alep, ces gamins étaient coincés en zone terroriste, cette famille en particulier a été obligée de sortir en dehors des couloirs humanitaires au pire des combats pour éviter les snipers qui visaient les réfugiés. Je ne dormais pas beaucoup la nuit avec la peur de l’avancée des terroristes pendant l’été qui précéda la libération … je dormais la fenêtre ouverte pour que les ondes de choc ne les cassent pas la nuit, la guerre me suivait dans mes rêves avec les combats qui continuaient la nuit … explosions, sifflements des obus, odeur de poudre, balles traçantes … la guerre à l’Ouest d’Alep était difficile mais finalement tu vivais la guerre des deux côtés, j’ai des amis qui avaient leurs familles coincées à l’est de la ville côté terroristes et si il y avait bien des gens qui y étaient volontairement, la majorité était enfermée et ne pouvait pas sortir à l’Ouest sous peine d’exécution. Non seulement je pensais à mes gamins ici mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ceux qui étaient coincés là-bas, qui allaient être blessés potentiellement, mourir … j’étais impuissant. Aucun moyen de faire une différence pour ces gamins et une profonde colère à l’intérieur, ces gamins ne devraient pas être mêlés à ce merdier, un gamin est un gamin, on peut lui mettre un voile ou lui faire porter un drapeau, un gamin reste un gamin et reste, doit rester, une page blanche.

Ce soir-là j’étais déguisé en père noël, on distribuait des cadeaux – chocolats que j’avais préparés avec mes jeunes et des gâteaux que mon amie @Vanessa avait apportés avec elle et cette photo … cette photo a arrêté le temps pour moi. Elle représente la plus belle retrouvaille, ils avaient les larmes aux yeux, j’avais les larmes aux yeux, ils étaient heureux … enfin je pouvais les toucher, je pouvais essayer d’être présent, apporter quelque chose, faire quelque chose … je les savais en sécurité et ça, ça … je ne sais pas trop comment décrire ce que je ressens, mais je suis heureux à chaque fois que je vois cette photo. We are superheroes

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Everyday a picture of Christmas. I do not even dare to crop this picture on instagram. I will try to describe what she evokes for me.

It was a few days after the liberation of the city center of Aleppo, these kids were stuck in a terrorist zone, this family in particular was forced to go out of the humanitarian corridors at the worst of the fighting to avoid the snipers who were targeting the refugees. I did not sleep much at night with the fear of the advance of the terrorists during the summer before the liberation … I slept the window open so that the shock waves doesn’t explode it at night, the war followed me in my dreams with the ongoing fightings at night … explosions, hissing shells, smell of gunpowder, tracer bullets … the war in the west of Aleppo was difficult but in the end you lived the war on both sides, I have friends who had their families stranded east of the city on the terrorist side and if there were many people who were willingly there, the majority was locked up and could not go out west under penalty of execution. Not only I was caring about my kids here but I could not help but only think of those who were stuck there, who were going to be potentially hurt, killed … I was helpless. No way to make a difference for these kids and a deep anger inside, these kids should not be involved in this mess, a kid is a kid, we can put a veil on him or have him wearing a flag, a kid stay a kid, must stay a blank page.

That night I was disguised as Santa Claus, we distributed gifts – chocolates that I had prepared with my students and cakes that my friend Vanessa Beeley had brought with her … and this photo … this photo stopped the time for me. It represents the most beautiful reunion, they had tears in their eyes, I had tears in mine, they were happy, I was proud of them,… well I could finally touch them, I could try to be present, bring something, do something … I knew they are gonna be safe … and that, that … I do not know how to describe how I feel, but I’m happy every time I see this picture. We are superheroes

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